Qui est l'ennemi ?




Le dimanche 20 août vers 22 heures, un homme de 51 ans, connu pour faits de violence, fonçait avec son véhicule sur des policiers dans le 18ème arrondissement de Paris. Obligé de s'arrêter net dans sa course, le forcené est alors sorti de sa voiture et a crié « Allah Akbar » avant d'être appréhendé. L'enquête n’a pas retenu la qualification d'attentat terroriste et l'auteur a été interné. Dans la presse, on pouvait lire peu après : « Les attaques de déséquilibrés criant que ''Dieu est grand'' se sont multipliées depuis 6 mois » (France Soir, 14 septembre).
L'ennemi qui fait la guerre à la France serait, dit-on, plus dément que soldat. Doit-on le soigner ? Ou pouvons-nous en guérir ?

«  All I want is Al-Qamar »
Ce même soir du 20 août, la circulation reprit vite normalement. « Circulez, semblait-on dire, il n'y a rien à voir ». Mais l'incident de la course folle échauffa les esprit de quelques jeunes qui, profitant de l'effervescence et de l'émoi causés par le ''fait divers'', électrisèrent quelque peu le quartier alentour.
Peu avant minuit, le mur d'une des rues adjacentes de ce même quartier, vierge de tout graffiti une heure auparavant, portait les toutes nouvelles et énigmatiques inscriptions suivantes : « All I want is Al Qamar ».


Paris, 18ème arrondissement, 20 août 2017, 23h13 

Réflexions sur la guerre 

Julien Freund, futur professeur de sociologie à l'université de Strasbourg, soutenait sa thèse en 1965 devant un jury prestigieux. Entré en résistance dans les mouvements Libération puis Combat, il avait participé au maquis de la Drôme. La guerre, il la connaissait bien. Se battre, il savait ce que cela voulait dire.A une question qu'on lui posa au cours de cette soutenance, il fit donc une réponse nourrie de sa propre expérience de l'ennemi. Une réponse qui resta célèbre : « vous pensez que c’est vous qui désignez l’ennemi, comme tous les pacifistes. Or c’est l’ennemi qui vous désigne. Du moment qu’il veut que vous soyez son ennemi, vous l’êtes ».
 « On n'a plus qu'à se suicider !» lui fit-on remarquer avec ironie. Justement, pensa probablement Freund : ne pas voir l'ennemi, ne pas pouvoir, ou vouloir le reconnaître, c'est immanquablement une mort sur ordonnance, et une irrémédiable faute politique.
Cet ennemi, aux multiples visages, est le corollaire encombrant de toutes les démocraties, régimes réputés les moins pires, mais les plus faibles. Il veut la guerre, alors il l'a fait. Une guerre … des armes bien sûr, mais aussi des mots, des peurs, des forces matérielles et spirituelles. Une guerre totale pour une nouvelle forme de totalitarisme qui est un projet et un programme de destruction puis, après la nuit et le brouillard, de renaissance.

Ne pas voir l'ennemi, c'est lui donner une chance de survivre.
"La dificulté réside dans le fait que l'ennemi est aujourd'hui plus diffus, plus retors. Il se masque, déguise ses intentions, mais n'est ni iréel ni désincarné" (Pierre-André Taguief). 
L'appeler par son nom relèverait presque de l'exploit. N'est-ce pas monsieur le président ?
Le 29 août dernier, à la suite des attentats de Barcelone et Cambrils, Emmanuel Macron désignait enfin l'ennemi : « Oui j'ose le dire (…) la lutte contre le terrorisme islamiste doit être la première de nos priorités. (…) Car rien ne serait plus absurde que de nier le lien entre les actes terroristes que nous vivons et une lecture à la fois fondamentaliste et politique d’un certain islam. L’angélisme n’est pas de mise à cet égard ».
Combien de fois depuis, a-t-il prononcé de nouveau ces mêmes mots ? Zéro. Malgré les occasions multiples d'en marteler le diagnostic après les autres attentats qui ont suivi.
Carl Schmitt, « penseur de l’ennemi », était juriste, philosophe, mais aussi proche du nazisme et ''expert en totalitarisme'' qu'il connaissait de l'intérieur mieux que personne. « L'ennemi est l'autre, difficilement cernable, (…) absent d'un champ lexical normal ou habituel ». La première tâche de l’État, écrit-il, est de « se défendre contre l’ennemi qui veut sa destruction, (…) [car] la possibilité de la dictature s’oppose aux fragilités de la démocratie. (…) La conflictualité, niée par les démocraties libérales, est indispensable en politique » (Libération, 3 août 2016). 
Pour Clauzewitz, toute guerre est un « acte de violence », dotée d'un caractère particulier et original. Que faire ? Comment réagir ? Faut-il s'opposer à la volonté de l'ennemi pour l'empêcher de nuire, comment dans ce cas surmonter ses propres incertitudes et hésitations ? Comment répondre à un conflit qu'on n'a pas soi-même ni déclenché ni voulu ? Où commence le réflexe naturel de défense et de survie ? Clauzewitz le rappelle avec élégance : « Une guerre n'est pas un phénomène opaque, elle peut être éclairée sous trois angles : politique (pourquoi combat-on ?), stratégique (comment combat-on ?), social (qui combat ?) ». 
Dans la pensée de Franz Rosenzweig, connaître l’ennemi est une mise en disposition tactique, sans quoi il n'y a pas de victoire et la guerre est perdue. Tout dépend du rapport que les hommes entretiennent avec l’espace précise-t-il. La manière dont on engage le combat avec l’ennemi dépend de la conception que l’on a de son propre territoire identifié à la vie même de la nation.
Les intellectuels n'ont jamais aucun mal à se convertir à une autre religion.
Pour Raymond Aron, l'ennemi est la figure mythique du révolutionnaire, celui qui sort des lignes et se dresse contre l'ordre établi. Les intellectuels marxisants de gauche soutiennent et encensent l'ennemi. Idolâtres, ils en aiment le symbole universel du faible qui sort de l'histoire et prend soudain son destin en main. Au point que ces mêmes intellectuels bien pensants en perdent tout discernement, « impitoyables aux défaillances des démocraties, indulgents aux plus grands crimes, pourvu qu'ils soient commis au nom des bonnes doctrines.» (L'Opium des intellectuels, 1955). Ils n'ont aucun mal à se convertir à une nouvelle religion. « La mort de Dieu laisse un vide dans l’âme humaine (...). Seuls les intellectuels sont capables d’inventer, peut être même de prêcher, un substitut des dogmes anciens ». 
La guerre toutefois, la France a choisi de la faire, à sa façon. 

La France en guerre et la guerre de France
L’engagement de l’armée française sur les fronts étrangers au Mali (opération Barkhane), Irak-Syrie (opération Chammal), Somalie, Centrafrique (opération Sangaris), golfe de Guinée et Liban, est la guerre contre l’ennemi que la France assume avec, sur le terrain, un total d'environ 6500 soldats.
La hausse prévue de plus de 5% du budget de la défense pour 2018 (sur un global de 34.4 milliards d’euros), entérine une réalité que beaucoup font encore semblant de ne pas voir : faire face sur le théâtre des Opex (opérations extérieures), mais aussi et surtout relever le défi du danger qui menace la France (opération Sentinelle). Les moyens humains vont être renforcés pour atteindre un budget record de 50 milliards d’euros d’ici 2025. L’effort porte déjà sur le renseignement et la cyberdéfense, ainsi que sur la protection des sites sensibles (comme les dépôts de carburants et de munitions). 

Mais la France en guerre qui s'assume, hésite encore à mener une guerre de France qui s’enracine sur le territoire national. 

Cette guerre qui ne dit pas son nom est livrée contre le « terrorisme », terme générique plus justement appelé, selon les moments et les personnes,  ''djihadisme'', ''islam radical'' ou plus simplement ''islamisme''. Les tentatives désespérées des uns ou des autres pour en minimiser la face cachée en disent beaucoup sur une ambiguïté politique et médiatique durablement entretenue.
Julien Aubert, député LR du Vaucluse, mettait les pieds dans le plat au lendemain de l’attentat de Nice. Accusant « une classe politique incapable d’endiguer le fléau [malgré]  la liste des atrocités [qui] s’allonge, il regrettait avec force une passivité et une ‘’apathie qui règne ‘’ alors que « nos ennemis nous lardent. (…) Nier la guerre, c’est refuser de voir le monde tel qu’il est devenu parce que nous n’en voulons pas » (Valeurs Actuelles, 21 juillet 2016). Nous sommes en guerre contre Daesh, c’est-à-dire contre l’État islamique donc contre un État musulman, expliquait-il, « alors qu’une partie de notre population se réclame de cette religion ; voilà le sujet douloureux. » Ainsi, désigner l’adversaire c’est «  nous positionner par rapport à  un groupe social démographique [devenu] important ». La faiblesse politique consiste donc à « protéger l’Islam en en donnant une version édulcorée et expurgée, et notamment en niant le fait qu’il puisse être autre chose dans sa pratique qu’une religion de coexistence pacifique. » Comprendre l’avenir, disait-il enfin, c’est accepter de regarder cet adversaire en face. 
Évoquer simplement cette guerre, désigner nommément cet ennemi, est-ce devenu de nos jours un ‘’défi osé ‘’ qui reste celui des mots ?
Que penser du communiqué laconique de l’Élysée et du silence de Matignon à propos de la mort au combat le 23 septembre dernier, de l’adjudant-chef Stéphane Grenier ? Tué dans la zone irako-syrienne par l’État islamique, dans des conditions qui restent floues, ce valeureux soldat, ancien de Bosnie-Herzégovine et habitué aux fronts moyen-orientaux, plusieurs fois distingué pour son professionnalisme et son courage, n’a eu le droit qu’à un hommage officiel discret, avec la seule présence de la ministre des Armées, Florence Parly.
Que penser de l'absence d'un seul membre du gouvernement aux obsèques, jeudi 5 octobre 2017, de Mauranne et Laura, deux cousines sauvagement assassinées à Marseille aux cris de « Allah est grand » par un Tunisien de 29 ans, Ahmed Hanachi ?
Monsieur le président, est-ce si difficile de se battre contre l'ennemi ?
Comment convaincre les Français de faire la guerre quand on hésite soi-même à en parler ? Sans oublier toutefois de demander à tous d'accepter la ''fatalité'' du danger. Sans oublier non plus de bien se garder, dit-on, de céder soi-même à la violence ou à un quelconque sentiment de discrimination ou de haine. Nous autres, démocrates et humanistes, sommes bien au-dessus de cela.
Notre sagesse pense-t-on, nous protège de nous-mêmes. Au lieu de nous défendre contre les autres. 
« Vous n'aurez pas ma haine » hurlent très fort dans la presse, à la télévision et ailleurs, certains conjoints (heureusement peu nombreux) des victimes d'attentats : le journaliste Michel Leiris qui a perdu sa femme dans la boucherie immonde du Bataclan ; Etienne Cardiles, compagnon du policier Xavier Jugelé abattu froidement d'une balle dans la tête par Karim Cheurfi, le soir du 20 avril 2017 sur les Champs-Élysées.
En acceptant de ne comprendre ni la guerre qu'on leur fait, ni l'ennemi qui la livre, ces proches, meurtris mais curieusement christiques, ne portent-ils sur eux l'habit du martyr qui souffre mais ne demande pas de châtiment ? Tous les Français doivent-ils leur ressembler? Doit-on accepter le sacrifice pour expurger un crime imaginaire qui aurait été commis ? 
Au nom de quoi, ou de qui, doit-on s'excuser de vivre pour accepter de mourir ? 
Le combat contre l’islam politique est avant tout culturel nous dit Gabriel Martinez-Gros. « A quoi sert l’arsenal sécuritaire, écrit-il, qu’il soit policier, militaire ou juridique, si l’on n’a pas la force morale de s’en servir, ou si l’on s’interdit la lucidité de voir le réel tel qu’il est ». Il y a une faiblesse coupable de l’État reconnaît l’historien dans son essai, Fascination du djihad. Fureurs islamistes et défaite de la paix (Paris, 2016). Le « désarmement idéologique de l’État » explique-t-il, est dû à l’ultra-pacifisme aveugle qui refuse la violence, à l’excuse sociéto-moralisatrice qui victimise les criminels, et à la culpabilisation de nos sociétés occidentales invitées à réfléchir sur les fautes du passé. Ce discours public de ressentiment obligatoire et quasi martyrologique est incapable de lutter contre l’ennemi islamiste infiniment supérieur en propagande, et en haine. 
L'utopie de nos pays ramollis par l'idéologie des bonnes intentions, prévient Karl Popper « conduit les sociétés occidentales à tolérer sur leur sol l'intolérance au nom de la tolérance » (La société ouverte et ses ennemis, Paris 1979).

C'est qu'il existe un complexe européen d'infériorité historique qui voit dans le passé colonial et les crimes du passé comme le titrait encore récemment la revue Orient XXI ( « Nos crimes en Afrique », XXI-n°39, juillet 2017),  une source de mal et de contre-modèle honteux qui force à racheter la faute originelle par une autoflagellation permanente. Un meaculpabilisme s'est répandu dans les esprits : « Le méchant, ce n'est pas l'autre, c'est moi. Je suis responsable du mal qu'il me fait. Après tout, je l'ai bien mérité ! »

Ce n’est plus la guerre qui devient une fatalité, mais l’impuissance qui est la nôtre, face à elle.
Face à l'islamisme barbare qui massacre les innocents, que faut-il faire ? A-t-on le droit de critiquer l'islam dont cette barbarie se réclame ? Peut-on de nos jours vouloir la mort, la sienne propre et celle des autres, par simple croyance religieuse ?
Comment dépasser cette difficulté de définir l'ennemi pour le combattre ? Est-il donc plus important de ne pas passer pour islamophobe que de se battre contre l’ennemi ? La moindre critique de l'islam passe pour du racisme. Mais le vrai crime, l'antiracisme ne veut pas le voir. 
On évalue l'ennemi selon la menace existentielle qu'il représente. Or, nous dit Alexandre Del Valle dans son excellent essai (Les vrais ennemis de l'Occident, Paris 2016),  la nature de la menace islamiste est asymétrique car il s'agit d'un ennemi ''non conventionnel'' qui n'est pas un État constitué ni une armée au sens classique du terme. Cet ennemi est inédit dans ses réseaux, son organisation, sa propagande, ses méthodes. Le projet politique de conquête et d’asservissement dont fait preuve aujourd'hui l’islamisme politique repose sur la légitimité spirituelle d'une religion : l'islam. Pas facile dans ces conditions d'identifier et de nommer l'ennemi. 
 « L'islam n'a rien à voir avec cela nous dit-on, les terroristes ne sont pas de vrais musulmans ». Mais que faire quand le Coran est brandi comme le Petit Livre rouge ? 
Que faire quand des textes, dits sacrés par les uns qui disposent bien sûr de la liberté confessionnelle, sont lus à la lettre par les autres qui y voient un slogan emblématique de ralliement, une incitation explicite aux discriminations, un appel incantatoire à la violence et à la haine ? Par exemple, la sourate 60 du Coran, dite ''le butin'' justifie par la foi le recours à la guerre « contre les ennemis d'Allah ».
Cette violence est fondée sur une lecture ''orthodoxe de l'islam'' et « sur un discours cohérent dont ne disposent pas les autres groupes violents » (Del Valle, opus cit. p. 191).


 L'islamisme est un totalitarisme


« Personne ne nous dit jamais où il est, le vrai islam. (…) En Arabie saoudite? En Iran? Dans les théocraties soft d'Afrique du Nord qui persécutent les buveurs d'alcool et les homosexuels, qui violent les droits des femmes et la liberté de culte et de conscience?  (…) L'islamisme possède l'ensemble des caractéristiques structurelles des fascismes » (Zineb El Rhazoui, Figaro vox, 11 novembre 2016).
Pour Alexandre Del Valle, la menace totalitaire de l'islamisme tire sa force d'une incontestable légitimité théologique et canonique : la lecture littérale du Coran, des hadiths de la Sunna, de la Sîrah (vie de Mahomet), et du Fiqh (application et interprétation de la Charia). La jurisprudence sunnite classique qualifie le non-musulman à la fois d'ennemi politique et d'adversaire religieux (Del Valle, ibid, p. 215 à 219). Tout martyr de la foi (Coran, IX, 52 ; LVIII, 19) est « le bras armé de Dieu » (VIII, 17). La guerre est donc partie intégrante de l'islam (chapitres 8,9,47,48, 59 du Coran). La vie du prophète Mahomet est un récit de guerre (Maghâzi). 
L'imam est celui qui partage le butin, fruit du djihad, selon le principe du fay (redistribution des biens volés aux non-musulmans). Ainsi, dépouiller l'infidèle (ou mécréant) est un acte de foi : « quel meilleur encouragement pour les ''islamo-délinquants'' recrutés par Daesh ou Al-Qaïda en Occident ou ailleurs. (…) L’État islamique ne fait que dire le droit musulman classique, jamais remis en question depuis le Xe siècle et enseigné tant dans les pays musulmans sunnites que dans les centres islamiques européens» (Del valle, ibid, p. 225 puis p. 231).
L'islamisme est inspiré à la fois du national-socialisme nazi et de l'idéologie révolutionnaire du communisme. 
L'arme stratégique de la terreur y est identiquement utilisée aux mêmes fins d'instaurer un pouvoir monopolistique communément appelé ''islamo-fascisme'' . Il y a de toute évidence « l'apport stratégique des influences révolutionnaires-marxistes » (Del Valle, opus cit. p.305).
L'islamisme vise, en somme, à un nouveau coup d’État bolchevique. Profondément anti-occidental et anti-capitaliste, son rejet systématique du libéralisme et du culte de l'individu (si cher à nos sociétés consuméristes), transforme potentiellement les musulmans en un nouveau prolétariat mondial ''qui veut prendre sa revanche''.
L'islamo-gauchisme n'est pas un mythe, ni une invention purement théorique. Il s'inscrit dans la continuité logique et funeste d'une extrême gauche et d'une gauche devenue extrême, l'une et l'autre à bout de souffle mais ne renonçant jamais à changer le cours de l'histoire. Quitte à en faire table rase, selon la bonne vieille méthode nihiliste. 
Le philosophe Pascal Bruckner dénonce la complicité de certains groupes de gauche à l'égard de l'islamisme radical. Cette gauche « des nouveaux collabo » à la recherche d'un prolétariat de substitution, sont par exemple le Bondy blog, ou le site Médiapart ». Enfin, poursuit-il, excuser le terrorisme, comme le fait de manière incompréhensible le pape lui-même, est une position consternante, et surtout contre-productive car la meilleure façon de renforcer la violence, c'est de ne pas la dénoncer (i24news, 24 septembre 2017, émission ''Elie sans interdit'').
Du national-socialisme, on connaît d'autre part, les liens incontestables entre les Arabes et Hitler, liens dont la figure tristement célèbre reste celle du Grand Mufti de Jérusalem, Amine al-Husseini. On connaît moins la réelle admiration d'Hitler lui-même pour les solutions radicales de l'islam, en particulier à l'égard des Juifs. 
D'ailleurs, certains adeptes antisionistes n'appellent-ils pas ouvertement aujourd’hui encore à ''terminer le travail'' contre le peuple d'Israël ?
On connaît enfin la dangereuse « banalisation des thèses négationnistes en terre arabo-islamique » ('Del Valle, opus cit. p. 292). Les grands classiques de la haine anti-juive comme Le Protocole des Sages de Sion et Mein Kampf y sont toujours des best-sellers. On sait qu'ils font aussi partie des lectures favorites de l'UOIF en France.
L'ennemi n'est pas seulement celui qui tient l'arme et tue. L'ennemi est aussi celui qui le pousse à le faire. Les barbus de la gauche bien-pensante sont les complices de la barbarie.
De même, la volonté de déshumaniser l'autre pour mieux le détruire, en commençant par l'identifier aux ''singes et aux porcs'',  est un moyen redoutablement efficace pour recourir, sans cas de conscience, à cette barbarie.
Le fanatisme sanguinaire de l'islamisme radical provoque « un effet de contagion et d'identification » (Del Valle, p. 201) auprès de musulmans de tous ages et conditions, auto-endoctrinés, qui n'hésitent plus à passer à l'acte. Les attaques au couteau, à la voiture bélier, à mains nues et même à l'acide, se multiplient en Europe, y compris en France. Les fichés S et autres criminels de droit commun ont fait place à n'importe quel ''volontaire à la démence'' qui peut surgir au prochain coin de rue. Outre les attentats de masse, comme à Nice le 14 juillet 2016 (86 morts, 450 blessés), ou celui de Berlin (19 décembre 2016, 12 morts, 48 blessés), de Londres (le 22 mars 2017, 8 morts, une cinquantaine de blessés), de Stockholm (le 7 avril 2017, 5 morts, une quinzaine de blessés), de Barcelone et de Cambrils (13 morts, une centaine de blessés), les attentats islamistes lowDe même, la volonté de déshumaniser l'Autre pour mieux le détruire, en commençant par l'identifier aux ''singes et aux porcs'',  est un moyen redoutablement efficace pour recourir, sans cas de conscience, à cette barbarie.

Le fanatisme sanguinaire de l'islamisme radical provoque « un effet de contagion et d'identification » (Del Valle, p. 201) auprès de musulmans de tous ages et conditions, auto-endoctrinés, qui n'hésitent plus à passer à l'acte. Les attaques au couteau, à la voiture bélier, à mains nues et même à l'acide, se multiplient en Europe, y compris en France. Les fichés S et autres criminels de droit commun ont fait place à n'importe quel ''volontaire à la démence'' qui peut surgir au prochain coin de rue. Outre les attentats de masse, comme à Nice le 14 juillet 2016 (86 morts, 450 blessés), ou celui de Berlin (19 décembre 2016, 12 morts, 48 blessés), de Londres (le 22 mars 2017, 8 morts, une cinquantaine de blessés), de Stockholm (le 7 avril 2017, 5 morts, une quinzaine de blessés), de Barcelone et de Cambrils (13 morts, une centaine de blessés), les attentats islamistes low cost ne manquent pas, chacun en a des dizaines en tête. 

Qualifiés le plus souvent de déséquilibrés, occasionnellement de terroristes, les djihadistes professionnels et amateurs ne sont plus islamistes dans la bouche de celui-ci ou de cette autre, que par déduction inaudible au détour malencontreux d'une phrase de passage ou d'une évocation abstraite. Le silence des journalistes et des élus tue. Impuissante et muette, l'opinion publique laisse faire. 


Vous n'aurez pas ma haine ? Alors, vous aurez ma vie !
L’impunité ouvre la voie à une défaite morale sans précédent. « C'est la non-violence absolue des majorités qui ouvre la voie à la violence des minorités » (Gabriel Martinez-Gros, opus cit.).
Dans la société française aujourd’hui, on ne peut nier qu’une certaine fascination s’exerce à l’égard de ces criminels sans (autre) foi ni loi (que la leur) qui passeraient presque pour des héros. Quelle ne fut pas mon horreur un jour en salle des profs, d’entendre une de mes collègues de français souhaiter étudier en classe la « dimension romantique » des djihadistes en Europe ! Est-ce désormais dans la poubelle qu’il faut retrouver les poèmes de Novalis et les récits de Chateaubriand ? 
Inconnu, étrange, incompréhensible, l'ennemi intrigue, et même fascine. 
Que penser de la pièce de Mohamed Kacimi jouée à Avignon le 11 juillet dernier intitulée ’’Moi, la mort, je l'aime, comme vous aimez la vie’’ ? « J’ai conçu la pièce comme une fouille archéologique » se justifie l’auteur. Car, dit-il, « La figure de Merah cristallise à elle seule toute les haines et les épouvantes de la société française: Arabe-musulman-algérien-beur-délinquant-racaille-tueur d'enfants juifs, assassin de soldats". (L’Express, 22 juillet 2017). 
Ainsi, la ‘’faute originelle’’ qui expliquerait l’acte criminel et barbare proviendrait de la société française elle-même, des peurs et des rejets qu’elle produit. Rappelons, (est-ce un hasard ?) que le même auteur excusait les propos anti-Charlie hebdo des lycéens de banlieue en prétextant « la triste vérité d'une génération de gamins largués, marginalisés, méprisés qui ne croient plus rien de ce qu'on leur dit et qui crachent comme ils peuvent sur une République qui ne les reconnait pas.» (Figaro, 30 janvier 2015). Nausée.
La radicalisation assassine de ces enfants mal aimés qui se vengent ne serait donc qu’une regrettable maladie sociétale dont la seule issue serait l’introspection nécessaire … de la part des assassinés eux-mêmes, comme de leurs proches et de leurs familles, invités à se repentir dans le recueillement et l’amour du prochain au milieu des bougies, des prières et des pleurs.
Le pire, c’est que le processus mortifère de l’impuissance et du ressentiment fonctionne à plein régime : « Vous n’aurez pas ma haine » est la formule magique qui guérit les blessures et fait tomber les armes.  
Céline Pina écrivait dans son blog : « Les associations proches des Frères musulmans, comme Lallab et Coexist, pourront continuer à faire de la propagande dans les écoles, (…) des colloques d’islamistes [continueront la] diffusion de leur propagande, on ne fermera toujours pas les mosquées salafistes, [les hommes refuseront ] de serrer la main aux femmes ou de conduire un bus [après elles]. » (article du 2 octobre 2017).
Ces derniers jours, deux salles de prières musulmanes à Sartrouville (Yvelines) et à Fontenay-aux-Roses (Hauts-de-Seine), ont fermé leurs portes à la demande de l’État pour « apologie du terrorisme ». 17 lieux de culte musulman ont fait l'objet de fermeture administrative temporaire. Moins de la moitié était encore fermée fin septembre. La loi de la sécurité intérieure prévoit (chapitre VII, Art. L227-1) que ces mêmes mosquées qui diffusent une idéologie de haine ne pourront être fermées au-delà de six mois … maximum.
« Ainsi, les 147 mosquées dites tablighi (c'est à dire dédiées à la ré-islamisation internationale) et les 120 mosquées salafistes pourront rester ouvertes, de même que les 200 mosquées de l'UOIF » (Observatoire de l'islamisation, 4 octobre 2017, Assemblée Nationale, loi de sécurité intérieure).

Qui est l'ennemi ? L'autre, qui me déteste et me tue ? Ou moi-même qui l'ignore, et parfois lui souris ? Vous n'aurez pas ma haine ? Alors, vous aurez ma vie.

Jean-Paul Fhima

Druzes d'Israël, frères d'arme et de coeur


Le 14 juillet 2017, deux officiers de police israéliens, Hayil Satawi, 30 ans, et Kamil Shanaan, 22 ans, étaient lâchement assassinés par des terroristes palestiniens devant la porte des Lions à Jérusalem. Leurs obsèques furent l'occasion de rappeler une fois de plus les liens indéfectibles d'Israël avec la communauté druze dont étaient issus les deux jeunes gens. Nir Barkat, le maire de Jérusalem, a rappelé que les deux policiers ont sacrifié leur vie pour sauver leurs concitoyens. Mais mieux que les mots, c'est la prière et le recueillement qui exprimèrent toute la reconnaissance de l’État hébreu pour ses frères d'arme et de cœur.


Le 18 novembre 2014, Zidan Saïf, 30 ans, policier druze originaire de Yanouh-Jat en Galilée, était tué à Jérusalem dans des conditions semblables en défendant les fidèles de la synagogue du quartier de Har Nof. Son héroïsme avait permis d'éviter un carnage, malgré un bilan déjà lourd (quatre morts, sept blessés). A cette triste occasion, Benjamin Netanyahou soulignait déjà la loyauté et le dévouement du peuple druze.



Youssef Muadi, 19 ans, et Lutfi Nasereldin, 38 ans, figurent quant à eux parmi les premiers soldats druzes israéliens tués à Gaza pendant l’opération ‘’Plomb durci’’ (2008-2009). Malgré le deuil, leurs parents faisaient dans la presse une magnifique déclaration d'amour et de patriotisme. « Nous sommes Israéliens. Israël est notre pays. L’identité druze est une appartenance individuelle, mais notre identité collective, c’est d’être Israéliens. » (Wafa, mère de Youssef) ; « Même si notre langue maternelle est l’arabe, nous sommes partie intégrante de l’État d’Israël, c’est notre pays, nous devons le défendre. Il n’y a pas de différence entre nous et les Juifs » ( le père et la veuve de Lutfi, Libération, 3 février 2009 « Druzes en guerre pour Israël »).  
Le lieutenant-colonel druze Safwan, 41 ans, reconnaît que l'armée est un point d'ancrage essentiel aux yeux de sa famille et de sa culture, la plus noble manière d'intégrer et de défendre la nation israélienne. «L'officier a un statut social élevé chez nous, il inspire le respect et la fierté (…) il est un gage pour notre sécurité. L'armée [permet] la réussite personnelle (…) l'espérance de gravir rapidement l'échelle sociale (Slate.fr, Jacques Benillouche, 10 juillet 2010).  

« Une alliance de sang »
Il y a environ 900 000 Druzes, principalement installés au sud du Liban, en Syrie et dans les montagnes du Hawran (djebel Druze) ; 120 000 vivent en Israël, principalement au nord du pays, en Galilée.
Une ''alliance de sang'' lie les Druzes à Israël depuis 1948.
A l'époque, les divisions et les guerres civiles dans la région menaçaient de longue date les minorités nationales et religieuses. Le druzisme a toujours lutté pour sa survie. Le pacte avec Israël tient d'abord de cette formidable capacité de résistance.
Le druzisme est né dans l’Égypte fatimide du XIème siècle puis s'est répandu dans les montagnes du Chouf au Liban, et en Syrie. Issu de l’ismaélisme, cette religion contraire à l'orthodoxie musulmane a toujours été considérée comme une hérésie aussi bien par les sunnites que par les chiites.
Nullement prosélyte, l’appartenance au druzisme s’attache à révéler aux initiés appelés ‘ukkâl et ‘ajâwîd, l’interprétation ésotérique de la parole divine. Profondément mystiques, les Druzes croient dans la réincarnation. Ils se voient comme le peuple de Dieu par excellence, chargés de faire triompher un jour la religion unitaire et universelle. Leur livre saint n’est pas le Coran mais les ‘’ Livres de la Sagesse’’, manuscrit rédigé par Hamza, un de leurs guides et pères fondateurs.
On ne devient pas druze, on naît druze. Il est impossible de se convertir au druzisme, exclusivement transmis par la filiation, laquelle est facilitée par l’endogamie, la solidarité communautaire et un fort attachement aux traditions familiales.
Il n’y a ni rite ni lieu de culte. La prière est un acte personnel, intime et totalement libre, effectué en tout lieu, et à toute heure selon les besoins de chacun. La charia est fermement rejetée. Les piliers de l’islam, dont le pèlerinage à la Mecque, le jeûne ou l’aumône, ne sont pas respectés. Les fêtes musulmanes ne sont pas davantage célébrées à l'exception du sacrifice d’Abraham (Aïd al-Adha appelé aussi Aïd el-Kébir).
Régulièrement persécutés et pourchassés, les Druzes se sont peu à peu rapprochés des autres minorités religieuses, plus ouvertes et tolérantes que l'islam, comme les chrétiens maronites ainsi que, de toute évidence, les juifs d'Orient. Dirigés par de grandes familles féodales comme les Maan (1516-1697), les Chéhab (1697-1841) ou encore les Aslan et les Jumblattî, ils s'opposent en clans rivaux au 19ème siècle et provoquent des tensions vives conduisant à l’intervention européenne au Liban.
Leur goût pour l'indépendance pousse certains d'entre eux à soutenir la cause nationaliste arabe. En juillet 1925, la « Grande révolte druze » se heurte violemment, en Syrie et au sud-Liban, aux autorités mandataires françaises. Mais la plupart de leurs chefs choisissent le camp qui les aidera à préserver au mieux leur particularisme, et leur identité.
Dès 1929, le chef druze Shabik Wahab rejoint la Haganah et amorce une alliance avec le Yichouv ( Inès Gil, « Le dilemme des Druzes israéliens, minorité arabe et soutien historique à Israël », Clés du Moyen-Orient, 17 mai 2017). En 1948, ce pacte devient, dans le nord de la Palestine, une coopération militaire proprement dite (opération Hiram). La première unité militaire druze d’Israël s'appelle alors '' Unité 300''.
Aux yeux de certains observateurs malintentionnés et autres antisionistes incurables, l'alliance de sang israélo-druze reste ''un pacte contre nature'' : « Certains Druzes renvoient à des textes bibliques pour établir une relation d'amitié entre les Juifs et leurs ancêtres (…) profondeur historique totalement imaginaire » (Laïla Parsons et Henry Laurens. « Les Druzes et la naissance d’Israël », 1948 : la guerre de Palestine, 2002, pp. 8-9).
Les Druzes, pourtant, sont bel et bien des Arabes sionistes. Ils seraient, dit-on, plus nationalistes que les Juifs eux-mêmes.
C'est en 1973 qu'Amal Nasser el-Din, député druze du parti Likoud à la Knesset de 1977 à 1988, crée pour la première fois le ''Cercle Sioniste Druze''. Il s'en expliqua alors : « "Nous croyons dans la Bible des Juifs. Mohammed n'est pas notre prophète. Nous sommes les descendants de Jethro, le beau-père de Moïse » (Mordechaï Nisan, Minorities in the Middle East : A History of Struggle and Self-Expression, 2002, p. 282). Son fils et son petit-fils sont morts dans les rangs de Tsahal.
« La communauté druze est exceptionnelle par son intégrité ethnique, son héritage religieux et ses liens étroits avec la population juive.  (…) L’identité druze est très proche de l'éthique juive ; similitude inversement proportionnelle à la distance affichée à l’égard de l’islam et de la culture musulmane » (Mordechaï Nisan, « The Druze in Israel: Questions of Identity, Citizenship, and Patriotism », The Middle East Journal, 64-4, automne 2010, pp. 575-596).
Contrairement à de nombreuses minorités nationales (comme les Kurdes), les Druzes n'ont aucune aspiration à créer leur propre État. « De même qu'un Druze syrien est attaché à son pays, moi je suis loyal vis-à-vis d'Israël » ajoute le lieutenant-colonel Safwan (Slate.fr, opus cit.).

Le cas des Druzes du Golan est quelque peu différent. Quoique.

Les 1154 km² du Golan occidental annexés par Israël en 1967 puis intégrés à la Galilée en 1981 (District Nord, capitale Nazareth) abritent actuellement environ 30 000 Israéliens et 22 000 Druzes. Ce territoire est disputé avec la Syrie, mais aussi avec le Liban (territoire du Chebaa). Bien que profondément attachés à leur appartenance à la Syrie, les Druzes du Golan n'ont qu'une seule et unique motivation : défendre leur communauté face à la situation affreuse qui fait rage à leurs portes depuis 2011. « La guerre civile a assombri leur perspective d’un avenir en Syrie, et les pousse aujourd’hui à se tourner de plus en plus vers Israël » (Clés du Moyen-Orient, opus cit.). Bénéficiant déjà d'un statut de résidents permanents dans l’État hébreu, ils sont de plus en plus nombreux à en demander la nationalité.



Une intégration exemplaire, mais perfectible

Alors que les Druzes ne représentent que 2 % de la population israélienne, beaucoup travaillent dans la défense nationale, la police et dans l’administration pénitentiaire. Ils jouissent des mêmes avantages sociaux que tous les autres Israéliens, y compris l’assurance maladie et les indemnités aux familles pour leurs enfants tombés en service. 
Contrairement aux autres Arabes israéliens (chrétiens et musulmans), les hommes druzes sont depuis 1956 soumis, comme leurs compatriotes juifs, au service militaire obligatoire. En contrepartie, ils ont obtenu en 1963 une autonomie communautaire ratifiée par la Knesset. 10% seulement d'entre eux n'effectuent pas de service militaire, contre 30% chez les jeunes juifs.
De 1974 à 2015, le ''bataillon Herev'' disposait, dans l'armée israélienne, d'un statut militaire particulier : il était presque exclusivement composé de soldats druzes. Aujourd'hui, à la demande de la communauté nationale druze elle-même, ce bataillon a intégré le reste de l'armée israélienne (source Tsahal).

L'intégration des Druzes dans la nation israélienne est symboliquement exemplaire. Elle reste toutefois politiquement et socialement limitée.
Il n'y a que quatre députés druzes (sur 120) à la Knesset (Le Monde diplomatique, octobre 2016). Leur représentativité institutionnelle reste faible.
Il y a tout de même quelques personnalités marquantes de la démocratie israélienne issues de la communauté druze. En 2001, Salah Tarif fut le premier ministre non juif de l’histoire du pays ; Ayoub Kara, député Likoud à la Knesset de 1999 à 2006, fut vice-ministre du développement du Néguev et de Galilée ; Majalli Wahabi, ami personnel d'Ariel Sharon, fut député de 2003 à 2013, vice porte-parole de la Knesset et premier président druze d'Israël par intérim en février 2007 ; Naïm Araidi, décédé en 2015, fut ambassadeur d’Israël en Norvège de 2012 à 2014 ; le très charismatique colonel Ghassan Alian est le premier commandant en chef non juif de la brigade d’infanterie d'élite Golani. Son épouse est professeure d'Hébreu. 

Mais la mixité sociale et ethno-religieuse s'arrête trop souvent à l'amitié d'université, ou à l'armée bien sûr. De leur propre fait, les Druzes restent une communauté fortement rurale, réservée et discrète, traditionnellement repliée sur elle-même dans les hauts villages du Mont Carmel. Seulement 1 % des Druzes disent avoir un époux ou un concubin de religion différente (Pew research Center, 21 mars 2016).
Un article de témoignages publié par Andrew Friedman dans le Jerusalem Post (11 février 2015) a révélé d'autre part un certain sentiment d’inégalité et d'injustice chez les Druzes d'Israël qui pensent que « des écarts perdurent ». Pour Rabeea Halabi, 41 ans, commerçant druze dans la petite ville de Daliat el Karmel (13 000 habitants) située au sud-est de Haïfa, « les règles qui s’appliquent aux Juifs ne s’appliquent pas à nous (…) nos villes de Galilée sont moins développées économiquement » .
Le manque d'aide gouvernementale serait à l'origine des faibles infrastructures urbaines des villes druzes du nord (manque d'électricité, absence de trottoirs, discrimination à l'embauche, chômage). Une petite minorité de jeunes refuserait même désormais de faire le service militaire. «  Les contestations contre les démolitions de maisons (construites sans permis gouvernemental très difficile à obtenir) s’organisent depuis le début de l’année 2017 » (Clés du Moyen-Orient, opus cit.).
Les efforts gouvernementaux se sont multipliés ces dernières années par des lois et des mesures diverses (dans l’éducation et le logement par exemple) en 1978, 1987, 1994 et 2008. Force est de constater que ces efforts, réels mais semble-t-il insuffisants, demeurent variablement efficaces pour limiter et réduire ce sentiment d' inégalité. Parfois d'ailleurs, des manifestations druzes rappellent qu'ils ne faut pas prendre ce sentiment à la légère. Sans oublier, non plus, de le nuancer. Car les manifestations druzes ne sont ni nouvelles, ni généralisées. Elles restent locales et ponctuelles, sans prétendre révéler un malaise profond.
Nous sommes très démocrates et pacifiques, souligne en substance le lieutenant-colonel Safwan et nous avons appris à défendre nos intérêts catégoriels. Mais ces manifestations n'entachent en rien le chemin parcouru sur une terre, et avec un État jeune et plein de promesses, que nous continuons d'aimer et de servir (Slate.fr, opus cit.).
« Dans les années 1960, raconte Safwan, les Druzes étaient essentiellement des agriculteurs et à 5% des militaires. Aujourd'hui, 30% travaillent dans la défense nationale, 30% dans les professions libérales et le reste dans les services et l'agriculture ». A la question suivante : Quelle profession souhaitez-vous pour votre fils ? Safwan répond : « Son rêve, et le mien bien sûr, serait de le voir devenir pilote de chasse à l'armée, l'élite de l'élite. Il étudie actuellement à Haïfa comme tous les jeunes, mais je suis convaincu qu'il reviendra vivre près de nous. Il est important que vous compreniez notre mentalité ».
Certains observateurs affirment (ou espèrent) que le pacte de sang israélo-druze est menacé. Vraiment ? Les dramatiques événements de juillet dernier à Jérusalem montrent qu'il n'en est rien. On peut rester attaché à ses racines, et à sa communauté, et vivre dans un pays qui, malgré les épreuves, sera toujours le vôtre.


Jean-Paul Fhima