Du complotisme à l'antisionisme. Ou l'inverse


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J'enseigne l'histoire dans un bon lycée de l'ouest parisien. Le niveau culturel des élèves est globalement plus élevé qu’ailleurs, les résultats au bac sont excellents. Le cours d'histoire y est généralement suivi avec attention et ouverture d'esprit.

Mais quand le programme de terminale aborde l'épineuse question du conflit israélo-palestinien, partis pris véhéments et débats houleux s'invitent dans la classe comme par enchantement et brouillent tout d'un coup les cartes de la confiance réciproque établie jusqu'alors entre l'enseignant et ses élèves.
Attention ! me préviendrait volontiers Alain Finkielkraut « affolé par la mutation (actuelle) de l'antisémitisme (…) qui n'est autre, dit-il, qu' « un effort pour faire disparaître Israël » (Actualité Juive, 7 janvier 2018) : vous entrez en Terrain miné, titre de son dernier ouvrage d'entretiens avec Isabelle de Fontenay (Stock, Paris, septembre 2017).


"L'emportement de la rumeur"


Dans la réalité parfois insaisissable de la classe, le conflit israélo-palestinien paraît toujours familier à des élèves qui, peu ou prou, ont toujours leur mot à dire. Même dans un établissement scolaire qui échappe aux critères désastreux d'une France périphérique qui fait peur, la seule évaluation objective des faits, dont la charge émotionnelle n'est pas négligeable, relève d'un vrai défi. Le questionnement et le doute, qualités essentielles de l'historien, semblent voués à l'échec face aux certitudes toutes faites, largement construites, répandues et mûries d'avance.

Nous autres pauvres profs d'histoire, devons déployer beaucoup d'énergie pour nous frayer un chemin entre les très contestables slogans journalistiques repris en cœur, les insupportables leçons de morale et réflexes victimaires à défaut « d'exactitude » (Finkielkraut, op.cit.p.59), le bashing mode et l'argumentum ad hominem, ex concessis ou ad populum, les fake news et autres omissions volontaires.

Amis et collègues phobiques de la solitude, tentés par le découragement et la facilité, passez rapidement sur la leçon, et surtout, SURTOUT, ne faites pas de vague.

C'est que les sincères préoccupations des jeunes, en matière de justice et d'égalité, se confondent malheureusement, nous dit Finkielkraut, avec le beaucoup moins sincère « emportement de la rumeur ».

Pourtant, une question essentielle interpelle : tronquer les faits et les mots face « à la frénésie du présent », est-ce encore enseigner dignement ? L'école est-elle devenue « un vaste champ de ruines » où « la culture n'a plus voix au chapitre » et cède aux exigences « des mensonges déconcertants » (Finkielkraut, op.cit. p. 117-118, 140, 217) ? Où en est-on au pays de la noble transmission des valeurs ?


Le complotisme des jeunes, 
un problème pour l'avenir


Quelques remarques faites par les élèves : « Israël a la bombe atomique, monsieur c'est grave quand même ! » ; «Israël, c’est un État d'apartheid » ; « Monsieur, le complot sioniste, ça existe ». Nous y voilà !



Une grande enquête Ifop (pour l'observatoire Conspiracy watch et la Fondation Jean Jaurès) effectuée en décembre 2017 et parue le 7 janvier 2018, mesure les ravages du complotisme dans l'opinion publique (un « phénomène social majeur »), et plus particulièrement chez les jeunes de 18-24 ans.


Plus de 50 % d'entre eux se disent informés de l'actualité par les réseaux sociaux (32 % par la télévision) mais sur les sites d'information des grands médias. La plupart de ces jeunes avouent toutefois leur méfiance à l’égard de ces mêmes médias qu'ils considèrent trop proches du pouvoir politique et du « système », professionnellement contestables car « travaillant dans l'urgence et susceptibles de commettre une erreur. »

Si on peut regretter que ce même sondage Ifop n'évalue pas le complotisme antisioniste et les clichés relatifs au conflit israélo-palestinien alors que d'autres questions somme toutes minimes ou accessoires y sont longuement détaillées (politiquement correct oblige ?), on ne peut que constater que ces jeunes autour de la vingtaine sont « nettement plus perméables au complotisme que leurs aînés ».


C'est « l'histoire avec un grand C », autrement dit la diffusion d'une « culture dite de la post-vérité dans laquelle la prise en compte des réalités factuelles (…) deviendrait secondaire » (Fondation Jean Jaurès).

L'écart générationnel est très important et préoccupant reconnaît Rudy Reichstadt, (fondateur de Conspiracy Watch). «Les jeunes sont moins immunisés face à ces théories et les générations risquent d'avancer sans qu'il y ait un reflux. Cela pose des questions pour l'avenir »


Il y a trois ans déjà était observée une vulnérabilité spécifique des jeunes face aux discours de haine et de radicalisation politique. « On sait qu’ils s’informent principalement sur Internet, sans (…) distinguer les sources d’information fiables et le reste.

Depuis quelques années, les témoignages se multiplient d’enseignants et d’éducateurs dont la parole est remise en cause par des élèves qui développent des théories complotistes » (Libération, 20 janvier 2015). La solution ?


Le rôle de l'école ? 
Ne rien céder


« Réfléchir et penser, cela s’apprend » insiste Rudy Reichstadt qui voit dans l'école le premier lien indispensable entre les jeunes et la réalité. A condition expresse bien sûr qu'une pédagogie rigoureuse sache appréhender et faire comprendre, sans renoncer à transmettre le goût de la lecture critique des événements, à la lumière de documents comparés et divers, de source fiable et multiple.

Comment débattre en effet du droit ou non de critiquer l’État d'Israël quand falsifications, mensonges et propagande, évincent systématiquement l'exposé argumenté et neutre des faits ? Le faux, nous rappelle l'historien Marc Bloch, est une tromperie de forme et de fond, un « sournois remaniement » qui conduit à la crise de l'histoire en tant qu'enseignement.

C'est pourquoi il s'agit de transmettre une méthode critique approfondie, dont l'axe permanent est une réflexion sur le rapport entre présent et passé. L'histoire, nous dit encore Marc Bloch (dans son livre posthume Apologie pour l’histoire ou le métier d’historien) est « une science de l’homme dans le temps ».

Or, le conflit israélo-palestinien est par excellence un sujet passé-présent, court-circuité en permanence par une actualité brûlante dont les médias se font l'écho. Une identification aux enjeux de ce conflit, plus ou moins fantasmée par les jeunes, démontre la nécessité absolue de sortir d'un traitement « cacophonique ou déploratoire, pour se déprendre du discours formaté », à condition bien sûr que le professeur fasse l'effort de compléter ses connaissances sur le sujet et sorte, le cas échéant, de « schémas explicatifs dont il serait lui-même prisonnier.



Sa mission est de « conduire ses élèves à une approche honnête et raisonnée du réel (…) pour dépasser le stade de l'opinion ». (Comprendre le Proche-Orient, une nécessité pour la République, dir. Frédéric Encel et Eric Keslassy, Paris 2005 p.238-244).

« L'analyse évite les préjugés et les engagements hâtifs », c'est pourquoi le rôle de l'école est essentiel face « au décryptage des faits et des discours » à condition de transmettre « le goût de s'informer, de saisir la complexité du monde » et de surmonter les apparentes « difficultés à concrétiser ces méthodes d’apprentissage » par « un enseignement courageux, honnête et rigoureux » (Comprendre le Proche-Orient, une nécessité pour la République, opus cit. , p.64, 205, 211).

Malheureusement nous dit Alain Finkielkraut, il existe un « grand effondrement de l'école des savoirs » (La seule exactitude, Paris, 2015, p.77). Citant le romancier Saul Bellow, le philosophe et observateur sans concession de l'école d'aujourd'hui reprend à son compte cette formule angoissante : « Une grande quantité d'intelligence peut être investie dans l'ignorance lorsque le besoin d'illusion est profond » (L'identité malheureuse, Paris, 2013, p.187).

Comment décevoir l'idéal pour revenir à la réalité  quand « des hommes et des femmes de bonne volonté ont besoin de croire que la scélératesse a une seule adresse, le racisme un seul visage, les événements un seul paradigme » (L'identité malheureuse, p.187) ?

Les initiatives du ministère de l’Éducation nationale ne manquent pourtant pas face aux dérives conspirationnistes qui touchent nos jeunes. Les journées d'étude du 9 février 2016 par exemple (300 participants) avaient pour but de partager les expériences des enseignants qui déconstruisent en classe les discours complotistes.


Jeux de rôle et séquences d'activités invitent les élèves à s'improviser journalistes occasionnels ou à concevoir eux-mêmes des théories complotistes fictives. L'art de la parodie démontrerait de lui-même le mécanisme de l'absurde. L'essentiel, nous dit-on, est de muscler l'usage des médias par des initiatives pédagogiques novatrices et ludiques tout en abandonnant le terrain du débat « où l'enseignant risquerait de perdre ».
Est-ce suffisant ?

Seule une réappropriation de la parole par le professeur, fondée sur un argumentaire cohérent et une solide culture personnelle, peut être utile à ses élèves. La classe doit se recentrer sur la démonstration contradictoire. L'art de dire et de donner du sens est le b.a.-ba d'une école qui n’abandonne rien … à personne.


Times of Israël6 février 2018




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Génération Dieudonné ?

Qui ou quoi par exemple motivait en 2013 le jeune Rayan Nezzar, éphémère porte-parole de la République en Marche, à revendiquer sa haine d’Israël, pays qu'il qualifiait « d’État raciste » ?

Fondait-il sa parole, que l'on dit fleurie si on en juge par ses nombreux tweets injurieux qui ont conduit à sa démission forcée au début janvier 2018, sur le constat de faits vérifiés sur place et (ou) par lui-même, ou bien sûr ses fantasmes inculqués ici et là sans états d'âme ni reproches ?

Nezzar n'est-il pas le visage inquiétant de cette même jeunesse qui, n'ayant peur de rien, se couche sur nos renoncements d'adultes comme une ombre sur nos têtes ? Est-il allé voir un spectacle de Dieudonné qui sévissait à l'époque au théâtre de la Main d'Or ?

Dieudonné avait présenté une "liste antisioniste" aux élections européennes de 2009. En 2013, rappelez-vous, il était très populaire auprès des jeunes. La quenelle, geste viral tristement célèbre, faisait le buzz sur les réseaux sociaux. 

Pour ce nouveau pourfendeur du complot juif, « Israël n'est pas Israël, Israël est partout. Ce n'est pas un pays, c'est une pieuvre (…) qui étend ses tentacules sur toute la surface du globe. Quand l’antisionisme s'affranchit de la géographie, il renoue avec l’antisémitisme » (Finkielkraut, La seule exactitude, p. 130).






Dénoncer le sionisme comme l'a fait Dieudonné est une stigmatisation qui procède autant de l'héritage contemporain d'un antisémitisme d'extrême droite, maurassien et négationniste, que d’un antisémitisme extrême gauche aux vieilles obsessions anti-israéliennes. « L'antisionisme militant renvoie à l'antisémitisme. » (Le Monde, 23 mai 2009)



Mais avant Dieudonné, d'où vient ce complotisme antisioniste ?


Suffit d'aller voir les dernières caricatures en date publiées dans la presse arabe à propos de la récente décision américaine sur Jérusalem, caricatures qui reprennent en tous points les éléments récurrents de la vieille propagande arabe et anti-juive, comme l'a montré l'Anti-Defamation League (Times of Israël, 20 décembre 2017) : « Ces caricatures font écho à un thème antisémite sur le pouvoir malveillant des Juifs (…) [qui] cherchent à dominer le monde », a déclaré l’ADL dans un communiqué.

Ce même complotisme est aujourd'hui largement répandu et d'une certaine façon institutionnalisé par les mesures obsessionnelles prises par l'ONU à l'encontre d'Israël, petit pays satanisé qui capitaliserait à lui seul tous les maux de la terre et tous les vices des hommes (Times of Israël, « The 10 most insane UN anti-Israel actions of 2017 », 21 décembre 2017).

Et que penser, à l'occasion de la venue de Benjamin Netanyahou pour la commémoration du Vél d'Hiv à Paris le 17 juillet 2017, de l'attaque en règle de la part de certaines organisations pro-palestiniennes (Euro-Palestine), de certains médias (Médiapart) et de certains partis ( Communiste ou les Insoumis) contre le « boucher de la Palestine (...)  le criminel de guerre, le tortionnaire d'enfants » accusations nourries de la même théorie anti-israélienne sans apporter à aucun moment la preuve de ces accusations gratuites et diffamatoires ?

Le Premier ministre israélien leur a répondu : « Nous ne céderons rien à l’antisionisme car il est la forme réinventée de l’antisémitisme [par] (…) un refus du droit d’Israël à exister et à assurer sa sécurité. ». Attention à la faiblesse des démocraties face aux vrais dangers qui la menacent, a-t-il averti au regard des tristes exemples de l'Histoire : « c’est bien la France qui organisa la rafle, puis la déportation, et donc, pour presque tous, la mort, des 13 152 personnes de confession juive ».


Tout comme autrefois l'aveuglement des sociétés en manque de repères a conduit à la complicité de ce génocide, le complotisme aujourd'hui n'est que la partie émergée de ces mêmes sociétés qui, maladivement incapables de comprendre leurs propres inquiétudes, laissent entrer en elles, et prospérer une culture de la haine et du bouc émissaire.



Une dangereuse spirale



Dans les no go zones urbaines toujours plus nombreuses et explosives, les effets conjugués du complotisme antisioniste et de son corollaire, l'antisémitisme recrudescent, sont que les Juifs sont de plus en plus obligés de fuir « pour oublier le sentiment d'insécurité et retrouver un peu de sérénité » (Le Point, 10 janvier 2018).

Le directeur du département opinion de l’Ifop, Jérôme Fourquet, affirme par exemple qu'en Île-de-France depuis 15 ans, les familles juives ont déserté le département sinistré de Seine-Saint-Denis. « À Aulnay-sous-Bois, le nombre de familles de confession juive est ainsi passé de 600 à 100, au Blanc-Mesnil de 300 à 100, à Clichy-sous-Bois de 400 à 80, et à La Courneuve de 300 à 80 »

Le consistoire israélite de France s'est ému d'une « dangereuse spirale » de l’antisémitisme sur les réseaux sociaux et des agressions anti-juives des dernières semaines en région parisienne (Créteil, Sarcelles, La Varenne-Saint-Hilaire).

Si les « faits racistes » ont globalement diminué en 2017 (-14,8 %) selon le dernier bilan publié par le ministère de l'intérieur, « les actions violentes à caractère antisémite augmentent de manière préoccupante ».

De facto, une mise au ban subie ou tolérée est en cours dans notre pays à l'égard d'une catégorie entière de la population française. Intolérable.

Désormais en France, que l'on soit un adulte ou un enfant, une femme ou un homme, un jeune ou un vieux, on est ciblé, attaqué, roué de coups, défenestré, assassiné froidement parce qu'on est juif.



L'intelligence au service de l'illusion


L’antisionisme est-il vraiment antisémitisme ? "Évidemment" répondent Emmanuel Macron (en juillet 2017), comme Manuel Valls (en mars 2016), réponse dérangeante qui n'est pas du goût de tout le monde. Si Brigitte Stora (sociologue et journaliste) considère en effet que c'est bien le peuple juif dans son entier et partout dans le monde qui est visé à travers l’État d'Israël, pour l'essayiste Guy Sorman, très représentatif de intelligentsia française, l'antisémitisme est « mythique » alors que seule la situation des Palestiniens est une réalité concrète et dramatique.

120 ans après l'affaire Dreyfus, « le préjugé antijuif se réactive sous une forme contemporaine » nous dit Alexis Lacroix (J’accuse ! 1898-2018, Paris, janvier 2018). Les intellectuels dreyfusards, engagés et humanistes parmi lesquels Zola, portaient en eux une « conscience civique » soucieuse de vérité et d'exemple.



Mais aujourd'hui, ces mêmes intellectuels de gauche se fourvoient dans une idéologie de parade dont ils arrivent à se convaincre en se mentant obstinément à eux-mêmes. 

« La religion palestinienne s'est emparée des meilleurs esprits » (André-Pierre Taguieff).

Ainsi, de nouvelles "contre-pensées" excusent toutes les dérives : les Palestiniens transfigurés tour à tour en « victimes, rebelles, résistants et martyrs » sont et resteront des damnés de la terre auxquels il est naturel et nécessaire de donner toujours raison.

« Le véritable problème, nous dit Frédéric Encel, consiste dans l'essentialisation d'Israël, le refus par certains de ces contempteurs fanatiques de l'intégrer dans le registre du politique, du normatif. »

Parmi les formes nombreuses de l'antisionisme, poursuit-il, il existe « une lecture hautement manichéenne et tiers-mondiste » de ce conflit rappelant les lignes de fracture Nord-Sud. Cet antisionisme est le signe d'une « méconnaissance des réalités » (Comprendre le Proche-Orient, une nécessité pour la République, opus cit., p.45).

L'autre dérive des intellectuels occidentaux progressistes consiste à prêter une oreille attentive et complice à la judéophobie explicite et brutale du monde arabo-musulman. Celle-ci est vue en Europe « avec indulgence et compréhension »  constate Elhanan Yakira (Université hébraïque de Jérusalem, Revue Cités, 2011/3, n° 47-48, pages 53-66) car l'islam est perçu comme « la religion des pauvres et des opprimés ».

Ces mêmes intellectuels engagés dans l'antisionisme comme Siméon le stylite s'accrocha à sa colonne, veulent qu’Israël cesse d'être un État juif car les Juifs seraient « un peuple inventé » (Shlomo Sand), un « non-sujet historique », une fiction construite de toute pièce.

Pour l'historien et journaliste Dominique Vidal, « l'antisémitisme est un délit mais l'antisionisme une opinion. » L'assimilation des deux termes est, nous dit l'ami de Pascal Boniface et d'Edwy Plenel, « une nouvelle escalade contre la liberté d'expression (…) un amalgame dangereux » (mot-joker favori de la gauche vivrensembliste).

Obsédé par le radicalisme de ses adversaires, mais jamais gêné par le sien, il accuse l'esprit Charlie de « converger avec l’extrême droite identitaire » qui, assène-t-il, sous prétexte de lutter contre le terrorisme, s'en prend aux musulmans (« Trop, c'est trop », Médiapart, 18 novembre 2017).



« Une logique de délégitimation »


Cette logique est réactivée par "un complotisme largement diffusé et normalisé auprès de nombreux jeunes" (Elhanan Yakira op. cit.).

Cette millénaire hostilité envers les juifs, nous dit Yohanan Manor (politologue) est en perpétuelle mutation selon « des rationalités propres à chaque époque » qui, malgré leurs différences apparentes de nature (religieuse, socio-économique, raciale, politique) gardent un fond commun et des réflexes de pensée identique : l'antisionisme est une « démonisation d’Israël et du Judaïsme», nourrie au vieux «  mythe paranoïde de la conspiration juive pour asservir et dominer le monde ». Rien de nouveau en somme, et c'est là l'inquiétant.

Principales victimes de la pensée conspirationniste, les Juifs étaient accusés dès le début du XIV ème siècle d'empoisonner les puits (1321), de propager la peste noire (1348), puis de participer à diverses organisations secrètes pour renverser le pouvoir en place.


En Angleterre, suite à une campagne de calomnie, 18 juifs de la ville de Lincoln
sont pendus puis brûlés, le 12 juillet 1290



Le complotisme judéo-maçonnique déjà ancré dans la culture et l'imagerie populaires connaît son apothéose falsificatrice au début du XXème siècle avec Les Protocoles des sages de Sion, le faux sinistre inventé par la police du Tsar à Paris, repris et cité par Adolf Hitler dans Mein Kampf.

Pour Georges Bensoussan, les discours complotistes anciens comme contemporains réécrivent l'histoire en inépuisables théories d'opposition entre « une race juive minoritaire, dominatrice et conspiratrice [et] l'immense masse d'une humanité dominée ».

Peu importe la légitimité du nationalisme juif, le sionisme est vu comme « l'instrument pour la domination mondiale » (« Négationnisme et antisionisme : récurrences et convergences des discours du rejet » (Revue d'histoire de la Shoah n° 166, mai-août 1999).

L'antisionisme est antisémitisme nous confirme une résolution du Parlement européen qui assimile officiellement les deux depuis le 1er Juin 2017 : l’antisionisme est une violence et une nouvelle forme de discrimination collective ciblant non seulement les habitants d'Israël mais aussi « toute personne témoignant d'un lien affectif et culturel » avec ce pays.


Cette récente décision fait écho à la définition de l'Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes (EUMC) qui, en mars 2005, voyait déjà l'antisémitisme contemporain comme « un racisme symbolique », indirect et subtil, voilé, masqué, euphémisé, s'exprimant surtout dans la stigmatisation d'Israël et du sionisme.




Ce que je dis moi-même à mes élèves ?




Commencez par réfléchir à la curieuse similitude  de tous ces mots qui commencent par « anti ». Ce préfixe est dans sa nature même violent et radical. Il sous-entend que l'on rejette toute forme de conciliation et de discussion, de différence et d'alternative, de nuances et de pensée rationnelle.

L'anti s'oppose par principe, par passion, par aveuglement qu'il pense salutaire à son engagement, et peut-être même à son existence. Il trouve toutes les raisons de se battre, moins pour quelque chose que contre quelqu'un. Il déconstruit et ne propose rien. Il ne combat pas le chaos, mais s'en nourrit pour survivre.

Morts parce que Juifs :
Ilan Halimi, torturé à mort le 13 février 2006, après 24 jours de détention et de sévices, 
Sarah Halimi, defenestrée le 4 avril 2017

Face à la rumeur et à l’illusion, le discours rationnel doit absolument reprendre sa place dans la classe. Le prof qui cède à la pression, du mensonge et de l’ignorance, est non seulement inutile, mais dangereux. Car s'il ne remplit plus son rôle de rempart contre la haine, s’il baisse les bras face à des élèves qui parlent à sa place et confisquent le débat, il cède à la violence au lieu de la contenir. Et il en devient le complice.

Quand les mots n'ont plus de sens, le silence tue.


Times of Israël, 8 février 2018


Qui est l'ennemi ?




Le dimanche 20 août vers 22 heures, un homme de 51 ans, connu pour faits de violence, fonçait avec son véhicule sur des policiers dans le 18ème arrondissement de Paris. Obligé de s'arrêter net dans sa course, le forcené est alors sorti de sa voiture et a crié « Allah Akbar » avant d'être appréhendé. L'enquête n’a pas retenu la qualification d'attentat terroriste et l'auteur a été interné. Dans la presse, on pouvait lire peu après : « Les attaques de déséquilibrés criant que ''Dieu est grand'' se sont multipliées depuis 6 mois » (France Soir, 14 septembre).
L'ennemi qui fait la guerre à la France serait, dit-on, plus dément que soldat. Doit-on le soigner ? Ou pouvons-nous en guérir ?

«  All I want is Al-Qamar »
Ce même soir du 20 août, la circulation reprit vite normalement. « Circulez, semblait-on dire, il n'y a rien à voir ». Mais l'incident de la course folle échauffa les esprit de quelques jeunes qui, profitant de l'effervescence et de l'émoi causés par le ''fait divers'', électrisèrent quelque peu le quartier alentour.
Peu avant minuit, le mur d'une des rues adjacentes de ce même quartier, vierge de tout graffiti une heure auparavant, portait les toutes nouvelles et énigmatiques inscriptions suivantes : « All I want is Al Qamar ».


Paris, 18ème arrondissement, 20 août 2017, 23h13 

Réflexions sur la guerre 

Julien Freund, futur professeur de sociologie à l'université de Strasbourg, soutenait sa thèse en 1965 devant un jury prestigieux. Entré en résistance dans les mouvements Libération puis Combat, il avait participé au maquis de la Drôme. La guerre, il la connaissait bien. Se battre, il savait ce que cela voulait dire.A une question qu'on lui posa au cours de cette soutenance, il fit donc une réponse nourrie de sa propre expérience de l'ennemi. Une réponse qui resta célèbre : « vous pensez que c’est vous qui désignez l’ennemi, comme tous les pacifistes. Or c’est l’ennemi qui vous désigne. Du moment qu’il veut que vous soyez son ennemi, vous l’êtes ».
 « On n'a plus qu'à se suicider !» lui fit-on remarquer avec ironie. Justement, pensa probablement Freund : ne pas voir l'ennemi, ne pas pouvoir, ou vouloir le reconnaître, c'est immanquablement une mort sur ordonnance, et une irrémédiable faute politique.
Cet ennemi, aux multiples visages, est le corollaire encombrant de toutes les démocraties, régimes réputés les moins pires, mais les plus faibles. Il veut la guerre, alors il l'a fait. Une guerre … des armes bien sûr, mais aussi des mots, des peurs, des forces matérielles et spirituelles. Une guerre totale pour une nouvelle forme de totalitarisme qui est un projet et un programme de destruction puis, après la nuit et le brouillard, de renaissance.

Ne pas voir l'ennemi, c'est lui donner une chance de survivre.
"La dificulté réside dans le fait que l'ennemi est aujourd'hui plus diffus, plus retors. Il se masque, déguise ses intentions, mais n'est ni iréel ni désincarné" (Pierre-André Taguief). 
L'appeler par son nom relèverait presque de l'exploit. N'est-ce pas monsieur le président ?
Le 29 août dernier, à la suite des attentats de Barcelone et Cambrils, Emmanuel Macron désignait enfin l'ennemi : « Oui j'ose le dire (…) la lutte contre le terrorisme islamiste doit être la première de nos priorités. (…) Car rien ne serait plus absurde que de nier le lien entre les actes terroristes que nous vivons et une lecture à la fois fondamentaliste et politique d’un certain islam. L’angélisme n’est pas de mise à cet égard ».
Combien de fois depuis, a-t-il prononcé de nouveau ces mêmes mots ? Zéro. Malgré les occasions multiples d'en marteler le diagnostic après les autres attentats qui ont suivi.
Carl Schmitt, « penseur de l’ennemi », était juriste, philosophe, mais aussi proche du nazisme et ''expert en totalitarisme'' qu'il connaissait de l'intérieur mieux que personne. « L'ennemi est l'autre, difficilement cernable, (…) absent d'un champ lexical normal ou habituel ». La première tâche de l’État, écrit-il, est de « se défendre contre l’ennemi qui veut sa destruction, (…) [car] la possibilité de la dictature s’oppose aux fragilités de la démocratie. (…) La conflictualité, niée par les démocraties libérales, est indispensable en politique » (Libération, 3 août 2016). 
Pour Clauzewitz, toute guerre est un « acte de violence », dotée d'un caractère particulier et original. Que faire ? Comment réagir ? Faut-il s'opposer à la volonté de l'ennemi pour l'empêcher de nuire, comment dans ce cas surmonter ses propres incertitudes et hésitations ? Comment répondre à un conflit qu'on n'a pas soi-même ni déclenché ni voulu ? Où commence le réflexe naturel de défense et de survie ? Clauzewitz le rappelle avec élégance : « Une guerre n'est pas un phénomène opaque, elle peut être éclairée sous trois angles : politique (pourquoi combat-on ?), stratégique (comment combat-on ?), social (qui combat ?) ». 
Dans la pensée de Franz Rosenzweig, connaître l’ennemi est une mise en disposition tactique, sans quoi il n'y a pas de victoire et la guerre est perdue. Tout dépend du rapport que les hommes entretiennent avec l’espace précise-t-il. La manière dont on engage le combat avec l’ennemi dépend de la conception que l’on a de son propre territoire identifié à la vie même de la nation.
Les intellectuels n'ont jamais aucun mal à se convertir à une autre religion.
Pour Raymond Aron, l'ennemi est la figure mythique du révolutionnaire, celui qui sort des lignes et se dresse contre l'ordre établi. Les intellectuels marxisants de gauche soutiennent et encensent l'ennemi. Idolâtres, ils en aiment le symbole universel du faible qui sort de l'histoire et prend soudain son destin en main. Au point que ces mêmes intellectuels bien pensants en perdent tout discernement, « impitoyables aux défaillances des démocraties, indulgents aux plus grands crimes, pourvu qu'ils soient commis au nom des bonnes doctrines.» (L'Opium des intellectuels, 1955). Ils n'ont aucun mal à se convertir à une nouvelle religion. « La mort de Dieu laisse un vide dans l’âme humaine (...). Seuls les intellectuels sont capables d’inventer, peut être même de prêcher, un substitut des dogmes anciens ». 
La guerre toutefois, la France a choisi de la faire, à sa façon. 

La France en guerre et la guerre de France
L’engagement de l’armée française sur les fronts étrangers au Mali (opération Barkhane), Irak-Syrie (opération Chammal), Somalie, Centrafrique (opération Sangaris), golfe de Guinée et Liban, est la guerre contre l’ennemi que la France assume avec, sur le terrain, un total d'environ 6500 soldats.
La hausse prévue de plus de 5% du budget de la défense pour 2018 (sur un global de 34.4 milliards d’euros), entérine une réalité que beaucoup font encore semblant de ne pas voir : faire face sur le théâtre des Opex (opérations extérieures), mais aussi et surtout relever le défi du danger qui menace la France (opération Sentinelle). Les moyens humains vont être renforcés pour atteindre un budget record de 50 milliards d’euros d’ici 2025. L’effort porte déjà sur le renseignement et la cyberdéfense, ainsi que sur la protection des sites sensibles (comme les dépôts de carburants et de munitions). 

Mais la France en guerre qui s'assume, hésite encore à mener une guerre de France qui s’enracine sur le territoire national. 

Cette guerre qui ne dit pas son nom est livrée contre le « terrorisme », terme générique plus justement appelé, selon les moments et les personnes,  ''djihadisme'', ''islam radical'' ou plus simplement ''islamisme''. Les tentatives désespérées des uns ou des autres pour en minimiser la face cachée en disent beaucoup sur une ambiguïté politique et médiatique durablement entretenue.
Julien Aubert, député LR du Vaucluse, mettait les pieds dans le plat au lendemain de l’attentat de Nice. Accusant « une classe politique incapable d’endiguer le fléau [malgré]  la liste des atrocités [qui] s’allonge, il regrettait avec force une passivité et une ‘’apathie qui règne ‘’ alors que « nos ennemis nous lardent. (…) Nier la guerre, c’est refuser de voir le monde tel qu’il est devenu parce que nous n’en voulons pas » (Valeurs Actuelles, 21 juillet 2016). Nous sommes en guerre contre Daesh, c’est-à-dire contre l’État islamique donc contre un État musulman, expliquait-il, « alors qu’une partie de notre population se réclame de cette religion ; voilà le sujet douloureux. » Ainsi, désigner l’adversaire c’est «  nous positionner par rapport à  un groupe social démographique [devenu] important ». La faiblesse politique consiste donc à « protéger l’Islam en en donnant une version édulcorée et expurgée, et notamment en niant le fait qu’il puisse être autre chose dans sa pratique qu’une religion de coexistence pacifique. » Comprendre l’avenir, disait-il enfin, c’est accepter de regarder cet adversaire en face. 
Évoquer simplement cette guerre, désigner nommément cet ennemi, est-ce devenu de nos jours un ‘’défi osé ‘’ qui reste celui des mots ?
Que penser du communiqué laconique de l’Élysée et du silence de Matignon à propos de la mort au combat le 23 septembre dernier, de l’adjudant-chef Stéphane Grenier ? Tué dans la zone irako-syrienne par l’État islamique, dans des conditions qui restent floues, ce valeureux soldat, ancien de Bosnie-Herzégovine et habitué aux fronts moyen-orientaux, plusieurs fois distingué pour son professionnalisme et son courage, n’a eu le droit qu’à un hommage officiel discret, avec la seule présence de la ministre des Armées, Florence Parly.
Que penser de l'absence d'un seul membre du gouvernement aux obsèques, jeudi 5 octobre 2017, de Mauranne et Laura, deux cousines sauvagement assassinées à Marseille aux cris de « Allah est grand » par un Tunisien de 29 ans, Ahmed Hanachi ?
Monsieur le président, est-ce si difficile de se battre contre l'ennemi ?
Comment convaincre les Français de faire la guerre quand on hésite soi-même à en parler ? Sans oublier toutefois de demander à tous d'accepter la ''fatalité'' du danger. Sans oublier non plus de bien se garder, dit-on, de céder soi-même à la violence ou à un quelconque sentiment de discrimination ou de haine. Nous autres, démocrates et humanistes, sommes bien au-dessus de cela.
Notre sagesse pense-t-on, nous protège de nous-mêmes. Au lieu de nous défendre contre les autres. 
« Vous n'aurez pas ma haine » hurlent très fort dans la presse, à la télévision et ailleurs, certains conjoints (heureusement peu nombreux) des victimes d'attentats : le journaliste Michel Leiris qui a perdu sa femme dans la boucherie immonde du Bataclan ; Etienne Cardiles, compagnon du policier Xavier Jugelé abattu froidement d'une balle dans la tête par Karim Cheurfi, le soir du 20 avril 2017 sur les Champs-Élysées.
En acceptant de ne comprendre ni la guerre qu'on leur fait, ni l'ennemi qui la livre, ces proches, meurtris mais curieusement christiques, ne portent-ils sur eux l'habit du martyr qui souffre mais ne demande pas de châtiment ? Tous les Français doivent-ils leur ressembler? Doit-on accepter le sacrifice pour expurger un crime imaginaire qui aurait été commis ? 
Au nom de quoi, ou de qui, doit-on s'excuser de vivre pour accepter de mourir ? 
Le combat contre l’islam politique est avant tout culturel nous dit Gabriel Martinez-Gros. « A quoi sert l’arsenal sécuritaire, écrit-il, qu’il soit policier, militaire ou juridique, si l’on n’a pas la force morale de s’en servir, ou si l’on s’interdit la lucidité de voir le réel tel qu’il est ». Il y a une faiblesse coupable de l’État reconnaît l’historien dans son essai, Fascination du djihad. Fureurs islamistes et défaite de la paix (Paris, 2016). Le « désarmement idéologique de l’État » explique-t-il, est dû à l’ultra-pacifisme aveugle qui refuse la violence, à l’excuse sociéto-moralisatrice qui victimise les criminels, et à la culpabilisation de nos sociétés occidentales invitées à réfléchir sur les fautes du passé. Ce discours public de ressentiment obligatoire et quasi martyrologique est incapable de lutter contre l’ennemi islamiste infiniment supérieur en propagande, et en haine. 
L'utopie de nos pays ramollis par l'idéologie des bonnes intentions, prévient Karl Popper « conduit les sociétés occidentales à tolérer sur leur sol l'intolérance au nom de la tolérance » (La société ouverte et ses ennemis, Paris 1979).

C'est qu'il existe un complexe européen d'infériorité historique qui voit dans le passé colonial et les crimes du passé comme le titrait encore récemment la revue Orient XXI ( « Nos crimes en Afrique », XXI-n°39, juillet 2017),  une source de mal et de contre-modèle honteux qui force à racheter la faute originelle par une autoflagellation permanente. Un meaculpabilisme s'est répandu dans les esprits : « Le méchant, ce n'est pas l'autre, c'est moi. Je suis responsable du mal qu'il me fait. Après tout, je l'ai bien mérité ! »

Ce n’est plus la guerre qui devient une fatalité, mais l’impuissance qui est la nôtre, face à elle.
Face à l'islamisme barbare qui massacre les innocents, que faut-il faire ? A-t-on le droit de critiquer l'islam dont cette barbarie se réclame ? Peut-on de nos jours vouloir la mort, la sienne propre et celle des autres, par simple croyance religieuse ?
Comment dépasser cette difficulté de définir l'ennemi pour le combattre ? Est-il donc plus important de ne pas passer pour islamophobe que de se battre contre l’ennemi ? La moindre critique de l'islam passe pour du racisme. Mais le vrai crime, l'antiracisme ne veut pas le voir. 
On évalue l'ennemi selon la menace existentielle qu'il représente. Or, nous dit Alexandre Del Valle dans son excellent essai (Les vrais ennemis de l'Occident, Paris 2016),  la nature de la menace islamiste est asymétrique car il s'agit d'un ennemi ''non conventionnel'' qui n'est pas un État constitué ni une armée au sens classique du terme. Cet ennemi est inédit dans ses réseaux, son organisation, sa propagande, ses méthodes. Le projet politique de conquête et d’asservissement dont fait preuve aujourd'hui l’islamisme politique repose sur la légitimité spirituelle d'une religion : l'islam. Pas facile dans ces conditions d'identifier et de nommer l'ennemi. 
 « L'islam n'a rien à voir avec cela nous dit-on, les terroristes ne sont pas de vrais musulmans ». Mais que faire quand le Coran est brandi comme le Petit Livre rouge ? 
Que faire quand des textes, dits sacrés par les uns qui disposent bien sûr de la liberté confessionnelle, sont lus à la lettre par les autres qui y voient un slogan emblématique de ralliement, une incitation explicite aux discriminations, un appel incantatoire à la violence et à la haine ? Par exemple, la sourate 60 du Coran, dite ''le butin'' justifie par la foi le recours à la guerre « contre les ennemis d'Allah ».
Cette violence est fondée sur une lecture ''orthodoxe de l'islam'' et « sur un discours cohérent dont ne disposent pas les autres groupes violents » (Del Valle, opus cit. p. 191).


 L'islamisme est un totalitarisme


« Personne ne nous dit jamais où il est, le vrai islam. (…) En Arabie saoudite? En Iran? Dans les théocraties soft d'Afrique du Nord qui persécutent les buveurs d'alcool et les homosexuels, qui violent les droits des femmes et la liberté de culte et de conscience?  (…) L'islamisme possède l'ensemble des caractéristiques structurelles des fascismes » (Zineb El Rhazoui, Figaro vox, 11 novembre 2016).
Pour Alexandre Del Valle, la menace totalitaire de l'islamisme tire sa force d'une incontestable légitimité théologique et canonique : la lecture littérale du Coran, des hadiths de la Sunna, de la Sîrah (vie de Mahomet), et du Fiqh (application et interprétation de la Charia). La jurisprudence sunnite classique qualifie le non-musulman à la fois d'ennemi politique et d'adversaire religieux (Del Valle, ibid, p. 215 à 219). Tout martyr de la foi (Coran, IX, 52 ; LVIII, 19) est « le bras armé de Dieu » (VIII, 17). La guerre est donc partie intégrante de l'islam (chapitres 8,9,47,48, 59 du Coran). La vie du prophète Mahomet est un récit de guerre (Maghâzi). 
L'imam est celui qui partage le butin, fruit du djihad, selon le principe du fay (redistribution des biens volés aux non-musulmans). Ainsi, dépouiller l'infidèle (ou mécréant) est un acte de foi : « quel meilleur encouragement pour les ''islamo-délinquants'' recrutés par Daesh ou Al-Qaïda en Occident ou ailleurs. (…) L’État islamique ne fait que dire le droit musulman classique, jamais remis en question depuis le Xe siècle et enseigné tant dans les pays musulmans sunnites que dans les centres islamiques européens» (Del valle, ibid, p. 225 puis p. 231).
L'islamisme est inspiré à la fois du national-socialisme nazi et de l'idéologie révolutionnaire du communisme. 
L'arme stratégique de la terreur y est identiquement utilisée aux mêmes fins d'instaurer un pouvoir monopolistique communément appelé ''islamo-fascisme'' . Il y a de toute évidence « l'apport stratégique des influences révolutionnaires-marxistes » (Del Valle, opus cit. p.305).
L'islamisme vise, en somme, à un nouveau coup d’État bolchevique. Profondément anti-occidental et anti-capitaliste, son rejet systématique du libéralisme et du culte de l'individu (si cher à nos sociétés consuméristes), transforme potentiellement les musulmans en un nouveau prolétariat mondial ''qui veut prendre sa revanche''.
L'islamo-gauchisme n'est pas un mythe, ni une invention purement théorique. Il s'inscrit dans la continuité logique et funeste d'une extrême gauche et d'une gauche devenue extrême, l'une et l'autre à bout de souffle mais ne renonçant jamais à changer le cours de l'histoire. Quitte à en faire table rase, selon la bonne vieille méthode nihiliste. 
Le philosophe Pascal Bruckner dénonce la complicité de certains groupes de gauche à l'égard de l'islamisme radical. Cette gauche « des nouveaux collabo » à la recherche d'un prolétariat de substitution, sont par exemple le Bondy blog, ou le site Médiapart ». Enfin, poursuit-il, excuser le terrorisme, comme le fait de manière incompréhensible le pape lui-même, est une position consternante, et surtout contre-productive car la meilleure façon de renforcer la violence, c'est de ne pas la dénoncer (i24news, 24 septembre 2017, émission ''Elie sans interdit'').
Du national-socialisme, on connaît d'autre part, les liens incontestables entre les Arabes et Hitler, liens dont la figure tristement célèbre reste celle du Grand Mufti de Jérusalem, Amine al-Husseini. On connaît moins la réelle admiration d'Hitler lui-même pour les solutions radicales de l'islam, en particulier à l'égard des Juifs. 
D'ailleurs, certains adeptes antisionistes n'appellent-ils pas ouvertement aujourd’hui encore à ''terminer le travail'' contre le peuple d'Israël ?
On connaît enfin la dangereuse « banalisation des thèses négationnistes en terre arabo-islamique » ('Del Valle, opus cit. p. 292). Les grands classiques de la haine anti-juive comme Le Protocole des Sages de Sion et Mein Kampf y sont toujours des best-sellers. On sait qu'ils font aussi partie des lectures favorites de l'UOIF en France.
L'ennemi n'est pas seulement celui qui tient l'arme et tue. L'ennemi est aussi celui qui le pousse à le faire. Les barbus de la gauche bien-pensante sont les complices de la barbarie.
De même, la volonté de déshumaniser l'autre pour mieux le détruire, en commençant par l'identifier aux ''singes et aux porcs'',  est un moyen redoutablement efficace pour recourir, sans cas de conscience, à cette barbarie.
Le fanatisme sanguinaire de l'islamisme radical provoque « un effet de contagion et d'identification » (Del Valle, p. 201) auprès de musulmans de tous ages et conditions, auto-endoctrinés, qui n'hésitent plus à passer à l'acte. Les attaques au couteau, à la voiture bélier, à mains nues et même à l'acide, se multiplient en Europe, y compris en France. Les fichés S et autres criminels de droit commun ont fait place à n'importe quel ''volontaire à la démence'' qui peut surgir au prochain coin de rue. Outre les attentats de masse, comme à Nice le 14 juillet 2016 (86 morts, 450 blessés), ou celui de Berlin (19 décembre 2016, 12 morts, 48 blessés), de Londres (le 22 mars 2017, 8 morts, une cinquantaine de blessés), de Stockholm (le 7 avril 2017, 5 morts, une quinzaine de blessés), de Barcelone et de Cambrils (13 morts, une centaine de blessés), les attentats islamistes lowDe même, la volonté de déshumaniser l'Autre pour mieux le détruire, en commençant par l'identifier aux ''singes et aux porcs'',  est un moyen redoutablement efficace pour recourir, sans cas de conscience, à cette barbarie.

Le fanatisme sanguinaire de l'islamisme radical provoque « un effet de contagion et d'identification » (Del Valle, p. 201) auprès de musulmans de tous ages et conditions, auto-endoctrinés, qui n'hésitent plus à passer à l'acte. Les attaques au couteau, à la voiture bélier, à mains nues et même à l'acide, se multiplient en Europe, y compris en France. Les fichés S et autres criminels de droit commun ont fait place à n'importe quel ''volontaire à la démence'' qui peut surgir au prochain coin de rue. Outre les attentats de masse, comme à Nice le 14 juillet 2016 (86 morts, 450 blessés), ou celui de Berlin (19 décembre 2016, 12 morts, 48 blessés), de Londres (le 22 mars 2017, 8 morts, une cinquantaine de blessés), de Stockholm (le 7 avril 2017, 5 morts, une quinzaine de blessés), de Barcelone et de Cambrils (13 morts, une centaine de blessés), les attentats islamistes low cost ne manquent pas, chacun en a des dizaines en tête. 

Qualifiés le plus souvent de déséquilibrés, occasionnellement de terroristes, les djihadistes professionnels et amateurs ne sont plus islamistes dans la bouche de celui-ci ou de cette autre, que par déduction inaudible au détour malencontreux d'une phrase de passage ou d'une évocation abstraite. Le silence des journalistes et des élus tue. Impuissante et muette, l'opinion publique laisse faire. 


Vous n'aurez pas ma haine ? Alors, vous aurez ma vie !
L’impunité ouvre la voie à une défaite morale sans précédent. « C'est la non-violence absolue des majorités qui ouvre la voie à la violence des minorités » (Gabriel Martinez-Gros, opus cit.).
Dans la société française aujourd’hui, on ne peut nier qu’une certaine fascination s’exerce à l’égard de ces criminels sans (autre) foi ni loi (que la leur) qui passeraient presque pour des héros. Quelle ne fut pas mon horreur un jour en salle des profs, d’entendre une de mes collègues de français souhaiter étudier en classe la « dimension romantique » des djihadistes en Europe ! Est-ce désormais dans la poubelle qu’il faut retrouver les poèmes de Novalis et les récits de Chateaubriand ? 
Inconnu, étrange, incompréhensible, l'ennemi intrigue, et même fascine. 
Que penser de la pièce de Mohamed Kacimi jouée à Avignon le 11 juillet dernier intitulée ’’Moi, la mort, je l'aime, comme vous aimez la vie’’ ? « J’ai conçu la pièce comme une fouille archéologique » se justifie l’auteur. Car, dit-il, « La figure de Merah cristallise à elle seule toute les haines et les épouvantes de la société française: Arabe-musulman-algérien-beur-délinquant-racaille-tueur d'enfants juifs, assassin de soldats". (L’Express, 22 juillet 2017). 
Ainsi, la ‘’faute originelle’’ qui expliquerait l’acte criminel et barbare proviendrait de la société française elle-même, des peurs et des rejets qu’elle produit. Rappelons, (est-ce un hasard ?) que le même auteur excusait les propos anti-Charlie hebdo des lycéens de banlieue en prétextant « la triste vérité d'une génération de gamins largués, marginalisés, méprisés qui ne croient plus rien de ce qu'on leur dit et qui crachent comme ils peuvent sur une République qui ne les reconnait pas.» (Figaro, 30 janvier 2015). Nausée.
La radicalisation assassine de ces enfants mal aimés qui se vengent ne serait donc qu’une regrettable maladie sociétale dont la seule issue serait l’introspection nécessaire … de la part des assassinés eux-mêmes, comme de leurs proches et de leurs familles, invités à se repentir dans le recueillement et l’amour du prochain au milieu des bougies, des prières et des pleurs.
Le pire, c’est que le processus mortifère de l’impuissance et du ressentiment fonctionne à plein régime : « Vous n’aurez pas ma haine » est la formule magique qui guérit les blessures et fait tomber les armes.  
Céline Pina écrivait dans son blog : « Les associations proches des Frères musulmans, comme Lallab et Coexist, pourront continuer à faire de la propagande dans les écoles, (…) des colloques d’islamistes [continueront la] diffusion de leur propagande, on ne fermera toujours pas les mosquées salafistes, [les hommes refuseront ] de serrer la main aux femmes ou de conduire un bus [après elles]. » (article du 2 octobre 2017).
Ces derniers jours, deux salles de prières musulmanes à Sartrouville (Yvelines) et à Fontenay-aux-Roses (Hauts-de-Seine), ont fermé leurs portes à la demande de l’État pour « apologie du terrorisme ». 17 lieux de culte musulman ont fait l'objet de fermeture administrative temporaire. Moins de la moitié était encore fermée fin septembre. La loi de la sécurité intérieure prévoit (chapitre VII, Art. L227-1) que ces mêmes mosquées qui diffusent une idéologie de haine ne pourront être fermées au-delà de six mois … maximum.
« Ainsi, les 147 mosquées dites tablighi (c'est à dire dédiées à la ré-islamisation internationale) et les 120 mosquées salafistes pourront rester ouvertes, de même que les 200 mosquées de l'UOIF » (Observatoire de l'islamisation, 4 octobre 2017, Assemblée Nationale, loi de sécurité intérieure).

Qui est l'ennemi ? L'autre, qui me déteste et me tue ? Ou moi-même qui l'ignore, et parfois lui souris ? Vous n'aurez pas ma haine ? Alors, vous aurez ma vie.

Jean-Paul Fhima